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dimanche 23 janvier 2011

All blacks

« On nous dit que l'équipe de France est admirée parce qu'elle est black-blanc-beur. (...) En fait, aujourd'hui, elle est black-black-black, ce qui fait ricaner toute l'Europe. »
Alain Finkielkraut, philosophe. Haaretz, 18 novembre 2005

lundi 6 septembre 2010

Le footeux est un chasseur qui s'ignore


« Il n'y a pas d'autre jeu qui permette de retrouver de façon aussi nette nos vieilles sensations primaires des exploits de la chasse. Lorsqu'on aura complètement paralysé et tué le chasseur intérieur, on arrivera à la certitude qu'il n'y a rien de plus stupide au monde que les réactions des footballeurs après un but. Ce qu'on voit là frôle en effet l'obscénité. Comparée à ces étranges orgasmes de buteurs, offerts à un public payant, une actice de porno devrait se sentir honteuse. Mais dès qu'on abandonne cette idée de meurtre contre le chasseur intérieur et qu'on accepte la survivance des sentiments du chasseur archaïque, on comprend tout de suite ce qui se passe sur le gazon. C'est là que se rejoue la scène la plus ancienne de gratification humaine : atteindre par un objet balistique sa proie qui se défend de toutes ces forces. Je pense qu'à ce moment-là, il convient d'introduire le terme de deep play. Il désigne ces genres de jeux qui enthousiasment l'homme dans son entier. »

Peter Sloterdijk, philosophe. Le Point d'après Der Spiegel, 15 juin 2006

samedi 3 juillet 2010

L'arbitrage au foot et l'aléa du sport


« Pourquoi les erreurs d'arbitrage sont-elles de moins en moins supportables au point qu'à chaque fois l'indignation gagne en intensité et présente le recours à la vidéo comme une urgence quasi morale? Alors qu'il est probable qu'il y a moins d'erreurs qu'auparavant - l'arbitrage s'est considérablement professionnalisé -, nous n'acceptons plus l'idée qu'il puisse s'en produire. Ce ne sont ni le jeu ni les arbitres qui ont évolué, mais notre rapport au sport. En tant que jeu, le football fait place à l'aléa, à la contingence, à l'indétermination, donc à la faillibilité. Se prêter au jeu, c'est passer un contrat tacite : l'arbitre prend à sa charge le risque de l'erreur, donc de l'arbitraire et, partant, nous l'assumons tous avec lui, condition sans laquelle il n'est pas de jeu possible. Mais nous n'en sommes plus capables : contaminés par les discours des dirigeants professionnels, nous n'acceptons plus l'aléa du sport. »

Mathias Roux, philosophe. L'Humanité, 3 juillet 2010

samedi 12 juin 2010

No limit


« Le sport est le dispositif qui exporte et planétarise l'âme de l'Occident moderne : la haine de la limite. Il ne se contente pas d'exporter le goût de la consommation. Il ne se contente pas d'exporter la publicité jusque dans les zones les plus déshéritées. Il ne se contente pas d'exporter le spectacle télévisuel des affrontements sportifs. Il exporte notre âme, à nous Occidentaux modernes. »

Robert Redecker, Philosophe. Le Monde, 12 juin 2010

samedi 8 mai 2010

Panoptique

"Pour parler comme Michel Foucault, le football paraît d'abord relever du panoptique, censé garantir, par une visibilité totale, une surveillance fine et une punition systématique. Mais à y regarder de plus près, c'est un panoptique déconnecté de toute garantie de justice, puisque ceux qui voient tout ne peuvent pas punir. Comme si le football servait à offrir le spectacle de la faute, plutot que sa punition. Peut-être est-ce le vrai but de ce sport : nous montrer de belles fautes".

Ollivier Pourriol, philosophe. Libération, 8 mai 2010

jeudi 13 novembre 2008

L'arbitre de foot est un prêtre

« L'arbitre est le prêtre qui célèbre le culte en son stade. Son autorité ne lui vient aucunement de sa mission sociale, parfaitement nulle, mais du, culte dont il organise le déroulement, en faisant respecter le texte sacré des XVII lois du football au choeur des héros qui dansent sur la pelouse quand le chant des tribunes les célèbre. Prêtre chorégraphe, l'arbitre ordonne une cérémonie qui, lorsqu'elle atteint la perfection dont elle est capable, parvient à transformer les héros en divinités. Il est l'officiant qui permet que les dieux apparaissent aux supporters, le prêtre d'une épiphanie archaïque qui n'a guère eu pour équivalent dans l'histoire humaine que les cultes à mystère de l'antiquité classique, ces cérémonies lors desquelles les initiés entraient dans des transes à ce point sublimes que les dieux eux-mêmes venaient les rejoindre pour danser. »

Jean-François Pradeau, philosophe. Libération, 13 novembre 2008

dimanche 20 juillet 2008

Le cyclisme, un sport homérique

« Les écrits les plus remarquables sur le Tour nous viennent de Roland Barthes. Et ce n'est pas un hasard s'il a élaboré une véritable théologie sur le cyclisme. Dans un passage de son article "Le Tour de France comme épopée", il décrit le mont Ventoux comme un Dieu du Mal qui réclame des sacrifices humains. Il compare par ailleurs les héros du cyclisme aux guerriers homériques de l'Iliade. A ses yeux, le duel originel entre Hector et Achille se reproduit entre les coureurs lorsqu'ils se lancent dans l'ascension d'une montagne. En fin de compte, sur du plat, n'importe qui peut se battre. Mais un cycliste qui se bat jusqu'au bout sur la côte la plus raide ne peut être qu'un Hector ou un Achille . »

Peter Sloterdijk, philosophe. Courrier International d'après Der Spiegel, 17 juillet 2008